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Histoire de la Philosophie

Léviathan de Hobbes – Compte-rendu d’atelier

Frontispice du Léviathan de Thomas Hobbes, gravure d’Abraham Bosse, 1651

Cet atelier sur les chapitres XIII et XVII de Léviathan de Thomas Hobbes, s’est tenu les 16 et 17 février 2021, dans le cadre de la série sur la naissance de la philosophie moderne.

Édition de référence : Hobbes, Léviathan [1651], choix de chapitres et présentation par Philippe Crignon, trad. François Tricaud, Paris, Flammarion, « GF », 2017, chapitres XIII et XVII, pages 91 à 100 et 153 à 160 ; passages sélectionnés par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Paris, Hachette Éducation, 2004. Voir aussi, en version originale : Thomas Hobbes, Leviathan, with an introduction and notes from Christopher Brooke, London, Penguin Books, “Penguin Classics”, 2017.

Ce compte-rendu reprend les principaux points abordés lors de l’atelier. Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : Quel est le fondement de la légitimité du pouvoir étatique ?

La « condition naturelle » des hommes conduit à la « guerre de chacun contre chacun » selon Hobbes

  • Selon Thomas Hobbes, les hommes sont à peu près égaux, physiquement et intellectuellement. En effet, aucun ne domine naturellement sur tous les autres. Ainsi, « pour ce qui est de la force corporelle, l’homme le plus faible en a assez pour tuer l’homme le plus fort, soit par une machination secrète, soit en s’alliant à d’autres qui courent le même danger que lui » (p. 91).
  • En conséquence, lorsque deux hommes désirent la même chose, il leur est difficile de s’accorder, et ils tendent à devenir ennemis. Mus par la convoitise, certains peuvent aussi chercher à s’emparer du fruit du travail d’autrui, d’où la nécessité de prendre des mesures pour se protéger.
  • De plus, la grande susceptibilité des hommes, qui tendent souvent à ne pas se sentir assez estimés par les autres, les pousse à chercher à se venger.
  • Tout cela conduit à un état de « guerre » permanent, « de chacun contre chacun » (p. 95). Non qu’il y aurait des combats incessants, mais le risque en serait toujours présent pour tous.

« La vie de l’homme est alors solitaire, besogneuse, pénible, quasi-animale, et brève » (p. 96)

  • Dans ce contexte, aucune « activité industrieuse » n’est possible, puisque « le fruit n’en est pas assuré » (p. 96). En effet, puisque l’on peut être dépossédé à tout moment, et que tout travail de production peut être brutalement interrompu, celui-ci est fortement dissuadé. Il n’y a donc pas d’agriculture, d’outils, de « constructions commodes », de connaissance, d’arts, de lettres.
  • Par ailleurs, comme il n’y a pas de lois, « rien ne peut être injuste » (p. 99) selon Hobbes. Par exemple, violence et ruse sont des vertus dans une telle situation de guerre.
  • Il n’y a donc pas de propriété, « de distinction du mien et du tien ; cela seul dont il peut se saisir appartient à chaque homme, et seulement pour aussi longtemps qu’il peut le garder » (p. 99).

Pour sortir de cet état de guerre, il faut instituer un « Commonwealth » dirigé par un « Léviathan »

  • Pour améliorer sa condition, il faut que l’homme s’accorde avec ses voisins. Mais « les conventions, sans le glaive, ne sont que des paroles » (p. 154). Il faut donc mettre en place une force qui puisse constituer une menace pour celui qui ne respecterait pas ses engagements.
  • Cette force peut faire régner un certain ordre sur un groupe donné. Mais si le groupe est petit, il reste à la merci d’agressions extérieures. Il faut donc que ce groupe soit suffisamment grand, et ses actions coordonnées, pour qu’il puisse dissuader ses ennemis potentiels de l’attaquer.
  • Pour parvenir à une telle coordination, et la faire durer, il est nécessaire, selon Hobbes, de « confier tout le pouvoir [des gens] et toute leur force à un seul homme, ou à une assemblée, qui puisse réduire toutes leurs volontés, par la règle de la majorité, en une seule volonté. […] et que chacun s’avoue et se reconnaisse comme l’auteur de tout ce qu’aura fait ou fait faire […] celui qui a ainsi assumé leur personnalité » (p. 158). Le Souverain ainsi institué, que Hobbes compare au monstre biblique nommé Léviathan, a alors le pouvoir de décider et d’agir au nom de tous.

En écho : des liens peuvent être tissés avec Machiavel, Le Prince.

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur Léviathan de Thomas Hobbes aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Lors du prochain atelier, prévu pour mardi 2 mars à 21h, nous découvrirons la manière dont René Descartes propose d’aborder la connaissance, à travers les deux premières parties du Discours de la méthode. Vous pouvez dès à présent vous y inscrire, ou me contacter si vous souhaitez plus d’informations.

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