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Histoire de la Philosophie

Le Prince de Machiavel – Compte-rendu d’atelier

Portrait de Niccolò Machiavelli, par Santi di Tito

Cet atelier sur les chapitres XV à XVIII du Prince de Nicolas Machiavel (Niccolò Machiavelli) s’est tenu le 5 janvier 2021, dans le cadre de la série sur la naissance de la philosophie moderne.

Édition de référence : Nicolas Machiavel – Niccolò Machiavelli, Le Prince – Il Principe, traduit de l’italien, préfacé et annoté par Gérard Luciani, Paris, Gallimard, collection « Folio bilingue », 1995, chapitres XV à XVIII, pages 196 à 229. Extraits sélectionnés par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Paris, Hachette Éducation, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : Quels sont les vices et les vertus que les dirigeants politiques doivent rechercher ou éviter ?

Le Prince ne doit pas chercher à avoir toutes les vertus

  • Machiavel adopte une approche pratique plutôt que théorique, et évoque le risque qu’il y a à se limiter à l’étude de la manière « dont on devrait vivre ». En effet, puisque « tant de gens […] ne sont pas bons », il faut s’intéresser à l’état réel des relations humaines plus qu’à leur état idéal (chapitre XV, p. 197).
  • Pour conserver son pouvoir, le prince, c’est-à-dire le dirigeant politique, ne peut donc pas avoir toutes les vertus. Il doit cependant éviter les vices qui, s’ils venaient à être connus, lui feraient perdre le pouvoir.

Le Prince doit accepter de passer pour avare et cruel, et ne pas toujours tenir parole

  • La libéralité, c’est-à-dire la générosité, est, a priori, une vertu à rechercher pour un prince. Pourtant, elle s’exerce au profit de quelques uns, et au détriment de tous les autres, à travers les impôts. Elle conduit donc le prince soit à la ruine, soit à être détesté par ses sujets. La parcimonie, au contraire, fera qu’à long terme le prince sera apprécié car les impôts seront bas. À titre d’exceptions, lorsqu’il s’agit de conquérir le pouvoir, ou de répartir des biens pris aux ennemis, le prince doit alors se montrer libéral (chapitre XVI).
  • La pitié est aussi, a priori, une vertu dont le prince gagne à se parer. Cependant, une trop grande pitié, vis-à-vis des criminels en particulier, pourrait nuire au plus grand nombre, qui subirait alors plus de dommages. Le prince doit donc savoir se montrer cruel vis-à-vis de quelques uns. C’est particulièrement le cas lorsque le prince est récent, ou qu’il doit diriger une armée (chapitre XVII).
  • Plus globalement, il est « plus sûr d’être craint qu’aimé ». En effet, l’amour des sujets est changeant, et partira souvent au moment où le prince aura besoin d’eux. La crainte, elle, est plus durable, car on hésite plus à nuire à celui que l’on craint qu’à celui que l’on aime (chapitre XVII, p. 213-219).
  • Le prince doit cependant éviter d’être haï. Pour ce faire, il ne doit donc pas toucher « au bien […] ni [aux] femmes » de ses sujets, et se contenter de s’en prendre aux personnes. En effet, « les hommes oublient plus vite la mort de leur père que la perte de leur patrimoine » (p. 215). De plus, la tentation serait trop grande pour le prince de sans cesse trouver des motifs pour s’approprier le bien de ses sujets (p. 217).
  • Enfin, le prince doit être prêt à ne pas tenir parole. La règle est qu’il doit faire ce qui lui est le plus utile. Pour rester crédible, il doit cependant veiller à se justifier, ce qui est facile, car « jamais un prince n’a manqué de motifs légitimes pour colorer le manquement à la parole » (chapitre XIII, p. 221-225).

Selon Machiavel, le Prince doit se parer de certaines vertus, sans forcément les avoir

  • En résumé, avoir véritablement et constamment toutes les vertus qu’est sensé avoir un prince, et notamment la pitié, la fidélité, l’humanité, la sincérité et la religiosité, lui serait en fait nuisible. Il faut savoir y renoncer par moments pour rester au pouvoir. Dans ses actions visibles et ses discours cependant, le prince doit veiller à sembler les avoir.
  • Le critère est le résultat : il faut avant tout « vaincre et […] conserver le pouvoir », « les moyens en seront toujours jugés honorables » (chapitre XVIII, p. 225-229).

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur les chapitres XV à XVIII du Prince de Nicolas Machiavel aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Lors du prochain atelier, prévu pour mardi 19 janvier à 21h, nous découvrirons une version moderne du scepticisme avec l’un des Essais de Montaigne : “Des boyteux”. Ce sera l’occasion de réfléchir au statut de la connaissance, et aux raisons de douter. Vous pouvez dès à présent vous y inscrire, ou me contacter si vous souhaitez plus d’informations.

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