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Court traité du pouvoir tyrannique d’Ockham – Compte-rendu d’atelier

Représentation de Guillaume d’Ockham dans un manuscrit de la Summa Logicae de 1341

Cet atelier sur les chapitres I, 5 ; II, 3, 5, 19 ; III, 7 ; IV, 9, 10 du Court traité du pouvoir tyrannique de Guillaume d’Ockham s’est tenu le 15 décembre 2020, dans le cadre de la série sur la philosophie antique et médiévale.

Édition de référence : Guillaume d’Ockham, Court traité du pouvoir tyrannique, traduction du latin et introduction par Jean-Fabien Spitz, Paris, PUF, « Fondements de la politique », 1999 ; extraits sélectionnés par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Paris, Hachette Éducation, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Nous avons examiné ces passages sous l’angle de la question : Le pouvoir du pape admet-il des limites ?

Il est légitime d’enquêter sur les limites du pouvoir du pape (Livre premier, chapitre V)

  • Selon Guillaume d’Ockham, si le détenteur d’un pouvoir s’inquiète des travaux de ceux qui enquêtent sur ses limites légitimes, c’est qu’il cherche probablement à dépasser ces limites, et donc à abuser de son pouvoir, ce qui est la définition selon lui d’un pouvoir tyrannique.
  • De plus, d’un point de vue éthico-religieux, nous avons le devoir de rechercher la vérité et la faire connaître. C’est d’autant plus vrai pour le pape, qui doit enseigner cette vérité. Il ne devrait donc pas chercher à la cacher. Et cette vérité est d’autant plus manifeste qu’elle est soumise à l’examen.
  • Enfin, d’un point de vue pratique, pour éviter les abus de pouvoir, les sujets doivent savoir jusqu’à quel point ils doivent obéir à telle ou telle autorité, et donc connaître les limites de son pouvoir.

Le pouvoir du pape n’est pas total, et il ne s’applique pas au temporel (Livre deuxième)

  • Le pape n’a pas tous les pouvoirs, ni même le pouvoir de faire « tout ce qui […] ne contredit ni le droit divin ni le droit naturel », parce qu’en ce cas, les chrétiens seraient « esclaves du pape ». Ils seraient ainsi soumis à une loi plus dure que celle de l’Ancien Testament, alors que la loi « nouvelle » est sensée l’être moins. Le pape pourrait en effet alors priver les souverains de leurs titres, ou ajouter de nouvelles cérémonies obligatoires pour tous les chrétiens. Cela est impossible, car cela serait cause de dissensions, et serait donc dangereux pour la chrétienté (chapitre III).
  • De plus, « le pouvoir apostolique a été institué par le Christ avant tout pour l’utilité de ceux qui y sont assujettis » et non pour « l’honneur et l’avantage » du détenteur du pouvoir. Il en est de même, souligne Ockham, pour « le pouvoir séculier », comme l’indique Aristote dans la Politique. Ce pouvoir ne peut donc pas être total (chapitre V).
  • Par ailleurs, le pape « peut se révéler idiot, imprudent, mauvais ou vil ». Il serait donc nuisible à tous qu’il ait un pouvoir total, et notamment aux plus faibles qui ne pourraient pas supporter une telle charge (chapitre V).
  • Enfin, le Christ lui-même s’est refusé à exercer le pouvoir temporel. Le pape, « son vicaire », n’est donc pas non plus sensé le faire, en dehors de situations exceptionnelles (chapitre XIX).

Le pouvoir de s’approprier des choses vient de Dieu (Livre troisième, chapitre VII)

  • D’après la Genèse, le pouvoir des humains sur la terre vient de Dieu (et non du pape).
  • De plus, la propriété privée est nécessaire pour se protéger des « fous » et des « négligents » qui ne prendraient pas soin des choses communes, comme le montre Aristote dans la Politique.

Le pouvoir d’exercer un empire ne vient pas du pape

  • Un pouvoir temporel est nécessaire pour éviter la « corruption » du peuple (Livre troisième, chapitre VII).
  • Ce pouvoir ne vient pas du pape. En effet, la légitimité de l’empire romain, par exemple, a pu naître du consentement des peuples à rejoindre l’Empire, ou de guerres justes (Livre quatrième, chapitre X).

En écho : des liens peuvent être tissés avec Thomas d’Aquin, Somme théologique.

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur les chapitres I, 5 ; II, 3, 5, 19 ; III, 7 ; IV, 9, 10 du Court traité du pouvoir tyrannique de Guillaume d’Ockham aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 5 janvier à 21h sera le premier de la série sur la naissance de la philosophie moderne. Nous examinerons la question des qualités nécessaires aux responsables politiques en nous appuyant sur plusieurs passages du Prince de Machiavel. Vous pouvez dès à présent vous y inscrire, ou me contacter si vous souhaitez plus d’informations.

Et pour être informé/e des futurs événements, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.

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