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Culture et Philosophie

Échos philosophiques de « Désenchantée » de Mylène Farmer

Nous avons exploré, le 27 juillet 2021, les échos philosophiques de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer, dans le cadre de la série « Mylène Farmer et la Philosophie ».

Ce compte-rendu reprend les principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit pas d’une analyse complète du texte, mais d’un éclairage, et de propositions d’explorations.

Le thème de « Désenchantée » : la question du sens

  • La question centrale de « Désenchantée » est celle du sens de la vie, et plus précidément de la difficulté à en trouver un : « […] rien n’a de sens […] », « Dans ces vents contraires comment s’y prendre ».

Le rapport à la mort

  • Cette question du sens semble passer, pour Mylène Farmer, par le rapport à la mort, thème très présent dans le texte, à travers notamment le caractère pesant de son « mystère ».
  • Le philosophe grec Épicure, vers -300, prétend avoir résolu ce problème dans sa Lettre à Ménécée. Selon lui, « la mort n’est rien pour nous », puisque « quand nous sommes, la mort n’est pas présente ; et que, quand la mort est présente, alors nous ne sommes pas » (§125). Voir la synthèse sur la Lettre à Ménécée d’Épicure.
  • Cette solution ne semble pourtant pas satisfaisante pour Mylène Farmer. En effet, ce que la mort révèle pour elle, c’est notre finitude (« Attendre ici la fin »), et notre ignorance concernant un éventuel au-delà (« Si le ciel a un enfer »), qui alimente son inquiétude concernant le sens de la vie.

L’option de « l’indifférence »

  • Une autre approche est envisagée plus explicitement par Mylène Farmer, celle de « l’indifférence ».
  • On peut y voir un écho à la pensée stoïcienne, qui promeut une forme d’impassibilité face aux événements extérieurs. Marc Aurèle suggère ainsi de « ressembler au promontoire contre lequel incessamment se brisent les flots » (IV, 49). Voir la synthèse sur quelques Pensées de Marc Aurèle.
  • Mais le stoïcisme implique un sens, le monde étant organisé selon un ordre, sous forme de « cosmos ». Mylène Farmer, qui dans cette chanson semble douter de tout, ne peut pas croire à ce sens.

Mylène Farmer face à l’ « absurde »

  • La situation à laquelle « Désenchantée » semble plus précisément faire écho est en fait celle de l’absurde, au sens que lui donne Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe. L’absurde est la tension, irrésoluble selon lui, entre notre quête de sens, « ce désir d’unité, cet appétit de résoudre, cette exigence de clarté et de cohésion », et le « chaos » du monde, « ce hasard roi et cette divine équivalence qui naît de l’anarchie » (p. 254). On retrouve ce « chaos » au début du refrain de « Désenchantée ».

Vivre dans l’absurde : une clé d’analyse pertinente pour la trajectoire de Mylène Farmer ?

  • Face à ce constat, il faut, selon Camus, assumer l’absurde et s’y tenir. Cela implique à la fois de refuser de se réfugier dans un sens illusoire, et de soutenir l’effort de la quête de sens, même vaine.
  • On peut lire en ce sens le chemin parcouru par Mylène Farmer. Elle publie ainsi, en 2012, la chanson « J’ai essayé de vivre », qui commence par « Danser sans cesse / Au bord du gouffre », comme une reprise de la tension de l’absurde. « Un sentiment de n’être / Rien du tout » renforce cette idée, en tension avec le refrain : « Moi j’ai essayé de vivre / Donné / Ici un sens à ma vie » (1). Elle assume donc de pousser le rocher de Sisyphe, pour reprendre la métaphore de Camus (p. 301-304). Cela passe notamment par son travail d’artiste et son rapport au public, ces « Milliers d’âmes anonymes ».

Envie d’aller plus loin ?

Si vous souhaitez allez plus loin au sujet de « Désenchantée » de Mylène Farmer, vous pouvez réserver une séance particulière. Je vous enverrai en amont les textes philosophiques sur lesquels nous nous sommes appuyés. Nous pourrons ensuite en discuter lors d’un échange téléphonique individuel de 15 minutes. Voir tarifs et conditions.

Lors du prochain atelier, prévu mardi 10 août à 20h, nous explorerons les échos philosophiques de « Du temps ». Vous pouvez dès à présent vous y inscrire, ou me contacter si vous souhaitez plus d’informations.

Et pour être informé/e des futurs événements, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.

Références des textes cités

  • Mylène Farmer, « Désenchantée », extrait de l’album L’autre…, Requiem Publishing, Polydor, 1991.
  • Mylène Farmer, « J’ai essayé de vivre », album Monkey me, Requiem Publishing, Polydor, 2012.
  • Épicure, Lettre à Ménécée, dans Épicure, Lettres, maximes et autres textes, trad. et présentation Pierre-Marie Morel, collection GF, Flammarion, Paris, 2011.
  • Marc Aurèle, Pensées pour moi-même suivies du Manuel d’Épictète, traduction Mario Meunier, Paris, Flammarion, collection GF, 1964-1992.
  • Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe [1942], texte établi, présenté et annoté par Marie Louise Audin, dans Albert Camus, Œuvres complètes, tome I, sous la direction de Jacqueline Lévi-Valensi, Paris, Gallimard, collection Bibliothèque de la Pléiade, 2006.

Notes :

(1) Il s’agit du texte donné dans le livret de l’album. Elle chante en fait « Donné un sens à ma vie ici ».

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