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Interview à Superprof

Voici l’interview que j’ai donnée au site Superprof :

1) Depuis quand développez­-vous un intérêt pour votre discipline et pour les cours particuliers ?

Mon goût pour la philosophie est né dès mon premier contact avec la matière, en terminale.

J’ai cependant d’abord suivi un parcours scientifique : prépa puis école d’ingénieur. J’ai travaillé quelque temps en entreprise, mais j’ai rapidement senti que ce qui me plaisait le plus, c’était transmettre des connaissances. Je suis donc parti pour me consacrer à l’enseignement, sous forme de cours particuliers, d’abord en mathématiques et en physique. C’était en 2011. Et ce métier me plaît toujours autant.

Plus j’enseignais, plus je me posais des questions sur ce qu’était la connaissance, ce qu’était une théorie scientifique. Je me posais des questions philosophiques. Mon goût, ancien, était en train de se réactiver. J’ai alors décidé d’entamer un cursus de philosophie à l’université, tout en continuant à enseigner. Licence, Master. Et me voilà à présent professeur particulier de philosophie, et philosophe : je donne des conférences, j’anime des ateliers, et je travaille sur quelques thèmes de recherche.

2) Dites nous-en davantage sur la matière enseignée, sur les thèmes que vous appréciez aborder avec les élèves (et éventuellement ceux qui vous plaisent un peu moins) !

La philosophie est une matière très riche. On peut partir de n’importe quelle affirmation, de n’importe quelle question, de n’importe quel mot, et rechercher les problèmes philosophiques qu’il pose. Philosopher, ce peut être partir de choses que l’on prend pour des évidences au quotidien, mais qui ne sont pas si claires quand on y réfléchit de plus près. C’est ce qui me passionne.

Mais je cherche aussi à éviter de partir dans des considérations trop abstraites, qui se détacheraient trop de la réalité, des questions qui se posent vraiment, qui importent. L’abstraction est nécessaire, mais elle doit être au service de questions concrètes. C’est pourquoi j’aime enseigner. Dans mes cours, je m’attache à être à l’écoute des questions que se posent mes étudiants, des problèmes qu’ils rencontrent, et pour lesquels ils ont besoin de réponses. Il ne s’agit pas de faire des cours simplement pour le plaisir, pour la simple culture. Même si la culture est importante, et très utile ! Mais justement, il faut bien voir au service de quoi est cette culture. La philosophie, ça doit aider à s’orienter dans la vie, à faire des choix en ayant conscience des enjeux, des conséquences, et en les assumant.

3) Parlez-nous de vos modèles, que ce soit un professeur qui vous a marqué ou encore une œuvre qui vous a inspiré !

Je suis très touché par celles et ceux qui font preuve de sincérité, d’honnêteté, et d’une volonté d’agir face aux problèmes de leur temps. Celles et ceux chez qui l’on sent un engagement profond, qui n’est pas que de façade, de posture. Je citerais deux exemples.

Un exemple historique d’abord : Albert Camus. Profondément affecté par l’épisode de la seconde guerre mondiale, on sent qu’il a voulu s’attaquer sérieusement aux problèmes qu’elle a révélés. Il ne s’agissait pas pour lui de simplement dire “plus jamais ça”, mais de comprendre pourquoi cela avait eu lieu, et aussi que les forces qui avaient mené à cette situation étaient toujours présentes, et qu’elles le seraient toujours. Il en conclut qu’il faut se battre en permanence contre elles. On peut lire La Peste, et notamment sa dernière page, en ce sens. Sous un angle différent, Karl Popper fait montre d’un engagement similaire.

Un exemple contemporain ensuite : Claudine Tiercelin, qui est professeur au Collège de France. Elle m’a inspiré plus directement : par la forme de ses cours, qui sont à la fois très exigeants, et témoignant d’un souci sincère d’être comprise. On sent par ailleurs chez elle une volonté d’agir au service de la vie, tout en ayant conscience des problèmes de notre temps, et des enjeux très importants qu’ils impliquent. Je pense en particulier au relativisme : elle a bien sûr conscience du fait que la certitude est inaccessible, que nous ne faisons que formuler des hypothèses sur le monde, sur la manière dont il fonctionne ; mais elle sait aussi toute l’importance de défendre l’idée que tout ne se vaut pas, et qu’il faut assumer de rejeter certaines positions comme fausses, néfastes, ou mauvaises.

Mais je ne peux répondre à cette question sans mentionner mon professeur de philosophie de terminale, Christophe Darras. À travers les lectures d’Épicure, de Kant, de Nietzsche, il a révélé mon goût pour cette matière, qui perdure aujourd’hui.

4) Quelles sont, selon vous, les qualités requises pour être un bon expert dans votre domaine ?

Il faut beaucoup de rigueur, et une ouverture, une attention au monde, aux autres.

De la rigueur pour rester lucide lorsque l’on lit ou que l’on formule des raisonnements qui peuvent être complexes. Et pour ne pas se laisser entraîner par des auteurs qui cherchent parfois à nous persuader de la vérité de leurs thèses sans les justifier assez clairement.

Et une ouverture aux autres, et notamment à la critique, pour ne pas s’obstiner dans une voie qui ne mène nulle part. Cette ouverture, cette attention au monde, implique aussi d’être à l’écoute des problèmes qui se posent à chacune et à chacun, et de contribuer, modestement, à leur élucidation progressive.

Il s’agit donc à la fois de ne pas céder à la rhétorique facile, aux fausses solutions : être exigeant. Mais sans se détacher des autres, de leurs problèmes : être connecté.

5) Une anecdote en rapport avec votre métier ou votre scolarité à nous raconter ?

Il m’arrive régulièrement que certains de mes élèves soient préoccupés par des problèmes personnels qui retiennent toute leur attention. Il peut par exemple s’agir de leur orientation professionnelle.

Dans ces cas-là, lorsque je sens qu’ils ne sont pas en état de se concentrer sur autre chose, je prends le temps de chercher à comprendre ce qui les préoccupe, d’écouter, de les aider à y voir plus clair. Je leur conseille aussi généralement de continuer à réfléchir et à se renseigner au-delà de notre échange. Une fois qu’ils ont pu exprimer leur préoccupation et qu’ils sentent que je la prends vraiment en compte, nous pouvons alors travailler bien plus efficacement sur les cours de la semaine !

6) Vous pouvez maintenant nous rassurer et nous avouer que vous aussi, vous avez déjà connu des difficultés à l’école…

Bien sûr ! Globalement, j’ai eu des problèmes avec tout ce qui nécessitait un apprentissage par cœur. C’était vrai pour le nom des théorèmes en mathématiques, ou pour les citations en philosophie. Mais les deux matières où cela était le plus gênant, c’était les SVT et l’histoire-géographie. Je peinais vraiment lorsqu’il fallait préparer les contrôles dans ces deux matières, parce qu’il fallait retenir des schémas, des cartes, des dates… Ce n’est pas un hasard si je n’ai pas recroisé ces matières dans la suite de mon parcours scolaire !

Aujourd’hui, je me dis que l’on pourrait aborder ces matières sous un autre angle : je n’ai vraiment rien contre la biologie ou l’histoire en tant que disciplines ! Je m’y remets d’ailleurs ces temps-ci. Mais à ma façon : en cherchant à saisir la logique plutôt qu’à apprendre par cœur.

7) Aidez-nous à vous connaître un peu mieux en évoquant vos passions (que vous partagerez peut-être un jour via Superprof).

Je pense que vous avez déjà cerné mes passions principales : enseignement et philosophie. Dit autrement, je suis passionné par la connaissance : son acquisition et sa transmission. C’est pourquoi je me forme en permanence. Je lis beaucoup de philosophie, évidemment, mais j’aime aussi découvrir de nouvelles langues, et explorer des champs de connaissance que je connais moins : je vous parlais de biologie et d’histoire, par exemple.

Connaître, c’est un projet infini, qui donne parfois un peu le vertige. Mais c’est extrêmement stimulant. Sentir que l’on progresse est bien sûr très satisfaisant. Mais pas autant que de partager avec d’autres ces découvertes, et ainsi mieux se les approprier, mieux les comprendre : à mon avis, ce n’est qu’une fois que l’on a cherché à transmettre, ou à appliquer, une connaissance, que l’on peut vraiment considérer l’avoir acquise.

8) Qu’est-ce qui fait de vous un Superprof (en plus d’avoir répondu à cette interview :-P) ?

Pour cette question, il vaut sans doute mieux vous fier aux réponses de mes élèves et étudiants !

Je m’efforce d’être attentif aux spécificités de chacune et de chacun. Je pense que c’est ainsi que je contribue à les faire progresser. Je pars toujours de leur manière d’aborder les choses, de ce qui les intéresse, de ce qui leur pose problème. Il n’y a pas de cours standard, je ne fais jamais deux fois le même cours. Même quand je travaille sur le même texte deux jours de suite ! C’est toujours nouveau, parce que chaque individu est unique.

C’est aussi cette écoute, cette attention à l’autre, ce respect qui permettent la confiance. Peut-être cela commence-t-il par la confiance qu’ils me font, parce qu’ils sentent que je suis là pour eux, et non pour un quelconque objectif qui leur serait extérieur. Mais elle se transforme, progressivement, en une confiance en eux-mêmes, parce que je les aide à se rendre compte qu’ils ont en eux tout ce qu’il faut pour réussir. Et c’est la clé du succès.

Voir l’interview sur le site Superprof.

2 réponses sur « Interview à Superprof »

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