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Discours de la Méthode de Descartes, III-IV – Compte-rendu d’atelier

Buste de René Descartes sculpté par Joseph-Silvestre Brun en 1838 – Galerie du Chateau de Versailles – Photographié par Arnaud Clerget

Cet atelier, sur les troisième et quatrième parties du Discours de la Méthode de René Descartes, s’est tenu le 16 mars 2021, dans le cadre de la série sur la naissance de la philosophie moderne.

Édition de référence : René Descartes, Œuvres, texte établi par Victor Cousin, Paris, Levrault, 1824, tome I, Discours de la méthode [1637], troisième et quatrième parties, pages 146 à 167. Disponible sur Wikisource.

Ce compte-rendu reprend les principaux points abordés lors de l’atelier. Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : De quoi pouvons-nous être totalement certains ?

Temps de préparation, sur la base d’une morale provisoire (troisième partie du Discours)

  • Descartes a formé le projet de reconstruire l’ensemble de la connaissance. Il doit donc abandonner toutes ses opinions actuelles. Pendant la reconstruction, il lui faudra tout de même pouvoir s’appuyer sur des règles de conduite provisoires. Il pose quatre maximes à ce titre :
    1. « Obéir aux lois et coutumes de [s]on pays » (p. 146), y compris en matière de religion, et suivre « les opinions les plus modérées et les plus éloignées de l’excès qui fussent communément reçues en pratique par les mieux sensés de ceux avec lesquels [il] aurai[t] à vivre » (p. 147), tout en prenant garde à ne pas prendre d’engagements pour l’avenir, puisque son projet est justement d’être capable de mieux juger par la suite ;
    2. Être ferme et déterminé dans ses actions, même basées sur des opinions douteuses, afin d’éviter les repentirs et les remords, et de tourner en rond ;
    3. Chercher à se changer soi plutôt que l’ordre du monde, et « [s]’accoutumer à croire qu’il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées » (p. 150), pour ne rien désirer de ce que l’on n’obtient pas, et ainsi éviter l’insatisfaction ;
    4. Poursuivre l’occupation consistant à cultiver sa raison, et à avancer dans la connaissance de la vérité en suivant la méthode précédemment définie.
  • Sur la base de ces maximes, et des principes fixés dans la deuxième partie, dont celui de ne rien accepter pour vrai que ce qui est clair et distinct, Descartes multiplie voyages et expériences, et poursuit la pratique des mathématiques, pour former son esprit.

Établissement des connaissances métaphysiques (quatrième partie du Discours)

  • Poussant sa logique dans le champ de la métaphysique, il décide de rejeter comme faux tout ce qui est douteux, « afin de voir s’il ne resterait point après cela quelque chose en [s]a créance qui fût entièrement indubitable » (p. 157). Descartes rejette ce qui vient des sens, qui nous trompent parfois. Il rejette le fruit des raisonnements, puisque l’on commet parfois des erreurs en raisonnant. Reste alors une certitude, le « premier principe de la philosophie » : « je pense, donc je suis » (p. 158).
  • Qu’est alors ce « je » ? Puisque l’on peut imaginer que notre corps est une illusion formée dans notre esprit, de même que le monde extérieur, Descartes conclut que ce « je » est une substance totalement définie par le fait de penser, une « âme […] entièrement distincte du corps » (p. 158).
  • De plus, puisque nous percevons le doute comme une imperfection, nous avons une idée de la perfection, perfection que nous ne possédons pas. Cette idée doit donc nous venir de l’extérieur. Il existe donc, selon Descartes, une substance possédant toutes les perfections : il s’agit de Dieu.
  • De même, nous avons une idée de la matière, des choses corporelles, et nous n’avons pas pu la concevoir sans avoir été confronté à elle. La matière existe donc également.
  • Descartes souligne enfin que l’existence de Dieu est nécessaire à la fiabilité de l’édifice de la connaissance ainsi construit. En effet, le fait que ce qui apparaît clairement et distinctement est le vrai, n’est assuré que par la perfection de Dieu, dont nous provenons.

En écho : des liens peuvent être tissés avec Anselme de Cantorbéry, Proslogion, Épictète, Manuel, et Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes.

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur les troisième et quatrième parties du Discours de la Méthode de René Descartes a été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Nous reprendrons notre exploration de l’histoire de la philosophie en septembre, avec une nouvelle série d’ateliers. La première séance nous fera aborder la science sous un angle plus concret avec la Préface pour un traité du vide de Blaise Pascal.

D’ici là, nous nous pencherons à partir du mardi 6 avril sur les relations entre démocratie et raison dans une série de conférences en ligne. Vous pouvez vous inscrire dès maintenant, ou me contacter si vous souhaitez plus d’informations.

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