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Le Proslogion d’Anselme de Cantorbéry – Compte-rendu de l’atelier

Cet atelier à propos des chapitres II à V du Prologion d’Anselme de Cantorbéry (Saint Anselme) s’est tenu le 5 novembre 2020, dans le cadre de la série sur la philosophie antique et médiévale.

Édition de référence : Anselme de Cantorbéry, Proslogion, traduction de Bernard Pautrat, Paris, Flammarion, collection GF, 1993. Voir aussi la traduction d’Alexandre Koyré, Vrin, 1992 ; reprise par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Paris, Hachette Éducation, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un résumé, ni d’un commentaire complet du texte.

Ce passage propose une preuve de l’existence de Dieu.

La proposition de preuve de Saint Anselme : Dieu existe par définition

  • Anselme définit Dieu comme « quelque chose de tel que rien ne se peut penser de plus grand ».
  • Même celui qui dit « Dieu n’existe pas » a ce concept en tête, puisqu’il comprend ce qu’il dit.
  • Mais si Dieu ainsi pensé n’existait pas, on pourrait penser un autre concept, ayant les mêmes caractéristiques, avec l’existence en plus. Celui-ci serait alors plus grand que Dieu, ce qui est contradictoire avec la définition. Donc Dieu existe (II).
  • Pour autant, est-il tel que l’on puisse penser qu’il n’existe pas ? S’il en était ainsi, alors on pourrait construire un concept ayant les mêmes caractéristiques, mais tel qu’on ne puisse pas penser qu’il n’existe pas, ce qui serait plus grand. Dieu ne serait alors pas « tel que rien ne se peut penser de plus grand ». Donc Dieu est tel qu’on ne peut pas penser qu’il n’existe pas (III).
  • Dès lors, comment « l’insensé », c’est-à-dire l’athée, peut-il « dire dans son cœur » que Dieu n’est pas ? Il a dû le penser et pourtant n’a pas pu le penser de manière logique. C’est qu’il a pensé au mot « Dieu » sans le comprendre, sans comprendre ce qu’impliquait le fait d’être « tel que rien ne se peut penser de plus grand ». Ainsi la raison protège-t-elle de l’impiété, puisque si l’on pense Dieu correctement, on est contraint par elle de le penser existant (IV).

Un raisonnement critiquable

  • Anselme présente sa définition de Dieu comme évidente. Elle est indispensable au bon fonctionnement de sa preuve. Pourtant, elle ne semble pas correspondre clairement au Dieu chrétien, notamment dans sa bonté. Anselme, au chapitre V du Proslogion, fait le lien en passant du « tel que rien ne se peut penser de plus grand » au « souverain bien ». Mais ce passage, qui n’a semble-t-il rien d’évident, n’est pas du tout justifié. Cette définition de Dieu peut donc être contestée. (1)
  • Plus fondamentalement, d’un point de vue logique, l’existence n’est pas une propriété qui peut être vue comme faisant partie d’un concept : c’est à partir d’une confrontation avec la réalité extérieure qu’un concept pourra être déclaré existant au non. Dit autrement, penser quelque chose comme existant, considérer qu’une chose existe, cela a un impact sur notre vision du monde, mais cela n’a pas de conséquence sur le fait que cette chose existe ou non dans la réalité. (2)

L’intérêt du Proslogion : une étape dans l’histoire de la pensée ?

  • Le raisonnement du Proslogion a été repris ou critiqué par de nombreux auteurs au cours des sept siècles qui ont suivi sa publication. Ainsi, malgré les faiblesses évoquées brièvement ci-dessus, ce texte est important, parce qu’il tente de poser et clarifier le concept de Dieu. Ce faisant, il pousse la raison humaine jusqu’à ses limites, voire au-delà, ce que tenteront de clarifier ses successeurs.

En écho : des liens peuvent être tissés avec Plotin, Sur le Beau et Augustin, Les Confessions.

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur les chapitre II à V du Proslogion d’Anselme de Cantorbéry aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Lors du prochain prochain atelier, prévu pour mardi 17 novembre à 21h, nous examinerons la discussion de la liberté humaine par Ibn Rushd (Averroès) dans le Dévoilement des méthodes de démonstration des dogmes de la religion musulmane. Vous pouvez dès à présent vous y inscrire, ou me contacter si vous souhaitez plus d’informations.

Et pour être informé/e des futurs événements, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.

Notes :

(1) Voir la critique de Thomas d’Aquin dans Somme théologique, sous la coordination d’Albert Raulin, traduction Aimon-Marie Roguet, Paris, Cerf, 1984, I, question 2, article 1. Repris par Bernard Pautrat dans l’édition GF du Proslogion, p. 111-112.

(2) Voir la critique d’Emmanuel Kant dans Critique de la raison pure, traduction André Tremesaygues et Bernard Pacaud, Paris, PUF, collection Quadrige, 2012, Dialectique transcendantale, chapitre III, sections 3, 4, et 5. Repris dans la traduction Barni-Archambault par Bernard Pautrat dans l’édition GF du Proslogion, p. 125-132 ; voir aussi son introduction, p. 28.

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