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Le Dévoilement d’Ibn Rushd (Averroès) – Compte-rendu d’atelier

Détail de la fresque d’Andrea di Bonaiuto, Trionfo di San Tommaso d’Aquino, Chapelle des Espagnols, Santa Maria Novella, Florence, 1365-1368.

Cet atelier à propos des paragraphes 138-139, 284-287 et 290-298 du Dévoilement des méthodes de démonstration des dogmes de la religion musulmane d’Ibn Rushd (aussi connu sous le nom latinisé d’Averroès) s’est tenu le 17 novembre 2020, dans le cadre de la série sur la philosophie antique et médiévale.

Édition de référence : Averroès, L’Islam et la raison, présentation par Alain de Libera, traduction par Marc Geoffroy, Paris, Flammarion, collection GF, 2000, Le dévoilement des méthodes de démonstration des dogmes de la religion musulmane, p. 128 à 137 ; repris par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Paris, Hachette Éducation, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un résumé, ni d’un commentaire complet du texte.

Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : Si Dieu est tout-puissant, comment l’être humain peut-il être libre ?

Dieu est l’être, et peut-être vu comme lumière, selon Ibn Rushd

  • D’un point de vue philosophique, Dieu est l’être même. Il n’est pas quelque chose, il est.
  • Mais cette idée est incompréhensible pour « les gens de la foule » selon Ibn Rushd. Il faut donc, pour répondre à leurs interrogations sur ce qu’est Dieu, s’appuyer sur le texte de « la Révélation », qui dit que « Dieu est lumière » (§138-139).
  • Ibn Rushd estime que la métaphore de la lumière est particulièrement bien choisie, pour plusieurs raisons. D’abord, la lumière est « le plus éminent des êtres dans l’ordre sensible », sans être « saisissable par la vue non plus que par l’entendement », et elle n’est « pas un corps ». En effet, la lumière n’est pas saisie en elle-même, mais on détecte son existence indirectement, parce que l’on voit les choses qu’elle éclaire.
  • Plus profondément, c’est la lumière qui rend visible tout ce qui est vu, de la même manière que Dieu donne l’existence à tout ce qui existe.
  • Enfin, le Soleil est aussi difficile à regarder en face, que Dieu est difficile à contempler directement, même pour les savants « à la science profonde », c’est-à-dire, selon Ibn Rushd, les philosophes.

Le problème de la liberté humaine

  • « La Révélation » semble donner des informations contradictoires concernant la liberté humaine. En effet, le Coran indique que tout ce qui arrive est le fruit d’un décret divin. Il indique cependant également que l’homme agit suivant sa volonté, et qu’il est donc responsable de ses actes (§284-287).
  • Si nous faisons appel, en supplément, à des arguments rationnels, nous restons en butte à ces conclusions contradictoires. En effet, d’une part, l’homme ne peut être l’auteur de ses actes, puisqu’il n’y a de créateur que Dieu. D’autre part, l’homme ne peut être contraint dans ses actes, car il n’en serait alors pas responsable, et Dieu serait donc injuste de le punir sur cette base, ce qui est impossible.
  • La solution à ces contradictions est dans « une position médiane qui constitue la vérité en la matière », une sorte de juste milieu, selon Ibn Rushd. L’idée est que l’homme agit selon sa volonté, mais qu’il ne peut agir sans le concours de Dieu, qui rend toute action possible. La volonté humaine elle-même est conditionnée par des éléments extérieurs, mais elle est bien perçue par nous comme étant notre volonté (§290-298).

En écho : des liens peuvent être tissés avec Platon, La République, livre VI ; Aristote, Éthique à Nicomaque ; et Cicéron, De la divination.

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur les paragraphes 138-139, 284-287 et 290-298 du Dévoilement des méthodes de démonstration des dogmes de la religion musulmane d’Ibn Rushd aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Lors du prochain prochain atelier, prévu pour mardi 1er décembre à 21h, nous examinerons la question du vol, et de son caractère licite ou illicite, en nous appuyant sur un extrait de la Somme théologique de Thomas d’Aquin. Vous pouvez dès à présent vous y inscrire, ou me contacter si vous souhaitez plus d’informations.

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