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Histoire de la Philosophie

Lettre sur la tolérance de John Locke

Cette synthèse traite de la Lettre sur la tolérance de John Locke.

Nous l’examinons sous l’angle de la question : Comment organiser les relations entre pouvoir civil et pouvoir religieux ?

Distinction entre le domaine du gouvernement civil et le domaine de la religion

  • Locke définit l’État comme « une société d’hommes instituée dans la seule vue de l’établissement, de la conservation et de l’avancement de leurs intérêts civils », c’est-à-dire «  la vie, la liberté, la santé du corps, la possession des biens extérieurs » (p. 14).
  • Quant à l’Église, elle est, selon lui, « une société d’hommes, qui se joignent volontairement ensemble pour servir Dieu en public, et lui rendre le culte qu’ils jugent lui être agréable, et propre à leur faire obtenir le salut » (p. 23). Elle ne s’intéresse pas à « la jouissance de biens temporels » (p. 31).
  • Distinguer clairement les domaines respectifs du gouvernement civil et de la religion est nécessaire pour mettre fin aux querelles entre eux, selon John Locke : « c’est confondre le ciel avec la terre que de vouloir unir ces deux sociétés » (p. 43).

Le salut des âmes n’est pas aux mains du souverain civil, mais est l’affaire de chacun

  • Puisque l’on ne peut pas croire sur commande, cela n’a pas de sens d’essayer de contraindre un individu de changer de foi : il doit être persuadé. Selon Locke « la dispute, soutenue par de bonnes raisons, et accompagnée de douceur et de bienveillance, [est] l’unique moyen de répandre la vérité » (p. 41). C’est pourquoi ce n’est pas l’affaire de la loi civile, qui implique l’usage de la force.
  • La religion est donc l’affaire de chacun. L’exercice de la contrainte n’y est pas légitime, car si une personne se trompe, elle ne fait de tort qu’à elle-même : « Si votre frère s’égare du droit chemin, il en portera seul la peine, il ne vous en revient aucun mal ; et vous ne devez pas le dépouiller des biens de cette vie, parce que vous croyez qu’il ne jouira pas de celle qui est à venir » (p. 35).
  • Dans la même logique, chacun est libre de quitter son Église, s’il pense y avoir découvert des erreurs, dans le culte ou la doctrine. En effet, les membres d’une Église ne sont liés que par leur foi commune.
  • Le souverain peut, quant à lui, contribuer à la diffusion de « la vérité » en matière de religion, mais seulement à titre individuel, sans user de la contrainte (p. 18). En particulier, aucune Église ne doit bénéficier d’un statut juridique privilégié.

Chaque Église doit cependant être gouvernée par des lois, et mettre ainsi en place un certain ordre

  • Des règles de fonctionnement sont nécessaires à toute institution, afin qu’elle puisse durer. Par exemple, il faut fixer les lieux et moments des assemblées, les règles d’admission et d’exclusion des membres.
  • Comme l’Église est constituée sur une base volontaire, ces règles sont fixées par ses membres.
  • On les fait appliquer sans contrainte : par des exhortations, des avis, des conseils.
  • La plus haute sanction que puisse appliquer une Église est l’excommunication : « toute la peine [que le pouvoir ecclésiastique] inflige se réduit à rompre la relation » (p. 32).

Certaines pratiques religieuses ne doivent pas être tolérées par l’État, mais elles sont rares

  • « Le magistrat ne doit tolérer aucun dogme qui soit contraire au bien de l’État, et aux bonnes mœurs » (p. 105), mais cela ne concerne que peu d’Églises selon Locke.
  • De même, appeler les fidèles à rejeter leur roi parce qu’il a été excommunié, ou réclamer une obéissance absolue au chef religieux, relève de la sédition, et doit être puni comme tel.
  • Ces cas mis à part, la règle générale doit être la tolérance. En particulier, aucune action ne devrait être interdite simplement parce qu’elle est religieuse, qu’il s’agisse par exemple de « manger du pain, [de] boire du vin, [de] faire des ablutions » (p. 121), entre autres pratiques possibles.

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Édition de référence

  • John Locke, Lettre sur la tolérance [1686-1689], traduction de Jean Le Clerc. Texte librement disponible sur Wikisource.

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