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Méthode de la Dissertation

Du lycée à l’université, en passant par la prépa, l’exercice de la dissertation est incontournable en philosophie. Pourtant, cet exercice est souvent mal compris. C’est ce qui donne parfois l’impression que les notes en philosophie seraient largement aléatoires. Ce n’est pas le cas, mais le fait de ne pas avoir compris ce qui est attendu, ce sur quoi vous êtes jugé/e/s, rend le résultat imprévisible. C’est pourquoi je vous propose de vous éclairer sur ce point en vous fournissant une méthode de dissertation.

Les bases de la méthode : en quoi consiste la dissertation ?

Pour produire une bonne dissertation, il vous faut d’abord avoir compris ce qu’est le travail philosophique. J’ai détaillé ce point dans un précédent article, que vous pouvez consulter.

Identifier un problème philosophique

Le point central dans ce travail est l’identification et la clarification d’un problème philosophique. Pour résumer, on parle de problème philosophique lorsque l’on est dans une situation qui semble appeler des réponses différentes et incompatibles entre elles, voire contradictoires.

Le travail de dissertation va donc consister, d’abord, à identifier, voire à construire un tel problème. Cela passe généralement par l’identification d’un paradoxe.

Par exemple, au sujet de la liberté politique, on peut considérer en première approche qu’elle se matérialise par le fait que chacun puisse faire ce qu’il veut. En ce sens, la liberté semble s’opposer à la notion d’autorité. Pourtant, s’il n’y a pas d’autorité, la situation d’anarchie peut facilement déboucher sur la domination de quelques-uns, par le rapport de force. La liberté semble donc, au contraire de ce que nous sentions initialement, réclamer une certaine autorité. Mais cette autorité viendrait alors limiter la liberté, la contraindre : est-ce encore vraiment la liberté ?

On voit bien dans cet exemple que deux positions sont a priori défendables, mais finalement intenables parce que contradictoires entre elles : chacune empêche l’autre de se présenter comme une solution solide. Le problème semble donc insoluble, et c’est la marque d’un véritable problème philosophique.

Présenter et justifier les thèses envisageables, et proposer une solution

La méthode de la dissertation va dès lors consister, après cette présentation rapide du problème, en introduction, à entrer dans le détail des deux thèses contradictoires ainsi mises en évidence. Cet examen constituera les deux premières parties du développement.

Vient ensuite la question de la sortie du problème. Quelle solution voyons-nous ? C’est cela qui va constituer la troisième partie.

Trouver une troisième partie est forcément difficile. Sur la base de ce que nous avons dit à propos du problème philosophique, trouver une issue ne peut pas être aisé. C’est donc le moment le plus exigeant de la dissertation.

Il nous faut trouver une manière de répondre à l’impasse dans laquelle nous nous trouvons après les deux premières parties. Il s’agit de résoudre, autant que possible, les difficultés posées par chacune des deux positions.

Dans l’exemple que nous avons pris, nous pouvons ainsi proposer l’idée que l’autorité compatible avec la liberté politique est une autorité qui n’est au service que de cette liberté. Une autorité dont on ne peut se servir que pour protéger la liberté de chacun. Toute action entreprise en son nom doit pouvoir être justifiée en ce sens.

Une solution toujours provisoire : la modestie philosophique

Cette position a l’avantage de nous avoir fait progresser par rapport au problème initial. Nous partions d’une situation où l’autorité et la liberté étaient à la fois incompatibles et inséparables, et nous avons fini par comprendre dans quelle mesure nous pouvions les rendre compatibles, en équilibrant leurs rapports.

Une telle solution ne peut cependant être que provisoire. Même si le style des dissertations peut parfois donner l’impression que l’auteur prétend avoir définitivement résolu le problème, ce ne sera quasiment jamais le cas. Nous avons progressé, clarifié, et trouvé une approche plus satisfaisante, sur laquelle nous pouvons nous appuyer. Mais nous pourrons toujours revenir sur la question, améliorer encore notre compréhension.

Notre dissertation doit aussi permettre à d’autres de s’appuyer sur notre travail pour pouvoir aller plus loin. Ils n’auront ainsi pas à reconstruire le chemin que nous avons déjà parcouru, et pourront partir de nos résultats pour les améliorer, ou les remettre en question.

En pratique : quelle méthode suivre pour construire sa dissertation ?

Maintenant que vous avez en tête l’esprit de la dissertation, nous pouvons passer à la question plus concrète de la rédaction.

La dissertation se découpe en trois grands moments : l’introduction, le développement, la conclusion.

L’introduction : mettre en évidence l’intérêt du problème

L’enjeu de l’introduction est de conduire le lecteur jusqu’au problème. Il s’agit de le convaincre que le problème philosophique que nous avons identifié se pose réellement.

Pour cela, on peut partir d’une accroche, sur la base d’un fait de la vie quotidienne, ou d’une citation littéraire par exemple. Cela permet d’ancrer la dissertation dans un cadre extérieur.

Depuis ce point de départ, il va falloir mettre en scène le problème qui se pose. Cela prendra souvent la forme de l’exposé des deux thèses contradictoires mais d’apparence convaincantes qui seront développées par la suite. Cette étape est celle de la problématisation. Contrairement à une idée répandue, elle ne prend pas forcément la forme d’une question. Il s’agit de montrer qu’un problème se pose. Et pour cela, il peut suffire de montrer que deux solutions incompatibles se présentent à nous, entre lesquelles il est quasiment impossible de trancher.

Une fois ce problème exposé, il est utile de souligner son importance. Non seulement nous ne parvenons pas, à ce stade, à choisir entre les différentes options, mais les conséquences de tel ou tel choix sont de grande ampleur. Cette étape justifie que nous ayons consacré du temps au problème. Et elle incite le lecteur à lire notre travail. Elle consiste à exposer les enjeux du problème. Il s’agit de montrer que choisir une option ou une autre n’est pas indifférent.

Enfin, on termine l’introduction par l’annonce du plan que nous allons suivre dans la suite de la dissertation. Vous annoncerez clairement à ce stade les parties qui composeront votre développement. La thèse de chacune des parties pourra par exemple être énoncée en une phrase en cette fin d’introduction. Pour l’exemple que nous suivons depuis le début, nous pourrions dire, de manière très résumée : “Nous verrons d’abord en quoi la liberté semble incompatible avec l’autorité, avant de constater que sans autorité il ne peut y avoir de liberté. Nous examinerons alors de quelle manière nous pouvons réussir à faire cohabiter la liberté avec l’autorité.”

Vous pouvez remarquer l’importance des connecteurs logiques. Ils permettent à votre lecteur de suivre votre cheminement. Là où la juxtaposition d’idées contradictoires pourrait le gêner, l’introduction d’un petit mot comme “mais”, “cependant”, “pourtant”, lui permet d’intégrer le fait que vous êtes en train de mettre en évidence un contraste, par exemple.

Le développement : entrons dans le détail

Le développement est le moment où vous allez détailler vos arguments. Vous allez y examiner en détail ce qui fait que chacune des thèses que vous avez envisagées est défendable.

Le développement sera donc constitué d’une partie par thèse. Chaque partie sera composée de deux ou trois sous-parties. Et chaque sous-partie doit se concentrer sur un seul argument. Cet argument doit être développé, clarifié. Votre objectif est de faire passer votre idée. Et pour cela il ne suffit pas de la formuler une fois. Il vous faut la reformuler, l’exposer sous différents angles, donner un ou deux exemples.

L’usage des références

Je n’ai jusque là pas parlé de références à des œuvres philosophiques. C’est dans le développement qu’elles peuvent intervenir. Mais il est important de comprendre qu’elles ne sont pas indispensables pour disserter. Ce qui structure votre dissertation, c’est votre réflexion propre, votre cheminement. Vous pouvez vous appuyer sur le travail des auteurs qui ont écrit avant vous. Cela est même nécessaire pour produire une réflexion de qualité en un temps limité.

Mais une dissertation n’est pas une récitation de cours. Les références que vous invoquerez doivent être au service de vos arguments. Les auteurs ne sont pas en eux-mêmes des arguments : ce n’est pas parce que tel auteur célèbre a soutenu telle idée qu’elle est vraie. C’est parce que vous trouvez cette idée pertinente dans le cadre de votre réflexion que vous vous appuyez sur la manière dont cet auteur en a parlé, pour progresser dans votre réflexion.

La conclusion : rassembler les idées examinées au cours de la dissertation

La conclusion va résumer le chemin parcouru, et éventuellement ouvrir sur d’autres problèmes. Elle est indispensable : une dissertation sans conclusion est une dissertation incomplète. Vous devez donc toujours garder du temps pour conclure. Vous pouvez même écrire votre conclusion au brouillon avant de rédiger votre développement, pour n’avoir plus qu’à la recopier à la fin.

La partie indispensable de la conclusion est le résumé du chemin suivi au cours du développement. Vous reprendrez donc les grandes étapes de votre raisonnement, qui devraient être les différentes thèses examinées, et vous les lierez logiquement. Il s’agira de faire sentir au lecteur que nous avons progressé.

Vous pourrez avoir l’impression de vous répéter entre l’annonce du plan, le développement et ce résumé. C’est normal. Comme je l’indiquais à propos des arguments, pour transmettre un raisonnement, il faut souvent le formuler à plusieurs reprises, en le présentant sous différents angles.

Vient ensuite, dans la méthode classique de la dissertation, la partie facultative et plus délicate de la conclusion : l’ouverture. Il s’agit d’indiquer au lecteur une partie du travail qui reste à faire, en soulignant par exemple les problèmes nouveaux sont posés par la solution que nous avons proposée. Cette étape est délicate parce qu’elle risque de donner l’impression que nous n’avons pas complètement répondu au problème. Il faut donc identifier un problème voisin, lié, mais clairement distinct. C’est difficile, et ce n’est pas indispensable ; vous pouvez donc tout à fait vous en tenir au résumé si vous ne vous sentez pas à l’aise avec l’ouverture.

Aller plus loin dans la maîtrise de la dissertation et de sa méthode

L’acquisition de la méthode de la dissertation passe par l’exercice. Il faut mettre en pratique cette approche le plus souvent possible pour qu’elle devienne vôtre, pour que vous soyez à l’aise avec elle.

S’il vous reste des questions, ou si vous rencontrez de nouvelles difficultés, n’hésitez pas à intervenir en commentaire.

Je peux aussi vous aider de façon plus personnalisée si vous le souhaitez. Nous pourrons travailler sur des sujets de dissertations, en fonction de vos centres d’intérêt ou des thèmes que vous souhaitez approfondir. Nous pourrons plus largement développer votre connaissance philosophique à travers des cours particuliers.

N’hésitez pas à me contacter pour en discuter, par téléphone au 07 81 73 33 82, ou via le formulaire de contact.

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