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Histoire de la Philosophie

Criton de Platon

Thème principal : est-on en droit de commettre une injustice en réponse à une injustice ?

Socrate a été condamné à mort. Son ami Criton lui propose son assistance pour l’aider à s’échapper de prison, et d’Athènes. Socrate refuse, au nom du respect des lois de la cité d’Athènes, qu’il a acceptées en y passant sa vie (l. 433-436 et 492-495) ; au nom aussi du respect des paroles qu’il a prononcées au cours de sa vie, et notamment lors de son procès, où il a dit préférer la mort à l’exil (l. 473). Commettre une injustice serait pire que subir une injustice quelconque, puisque cela serait porter atteinte à sa propre âme (l. 229-239).

Éthique de responsabilité et éthique de conviction

L’alternative que Socrate a proposée au jury, et qui a conduit à sa condamnation, est extrême : ses accusateurs demandaient sa mort, et il a proposé à la place que son entretien soit assuré aux frais de la cité jusqu’à la fin de ses jours, considérant qu’il rendait service à la cité.

Cette approche, basée sur des principes, mais aux conséquences contraires à l’objectif affiché, peut être mise en lien avec la distinction proposée par Max Weber entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

L’importance des actes pour donner du sens aux paroles

La position de Socrate met en lumière l’enjeu de l’accord entre paroles et actions, pour que les premières ne restent pas de vains mots. C’est également le cas pour les lois, qui n’ont de consistance que si elles sont suivies d’effets.

Le respect des lois : une affaire de tout ou rien ?

Soulignons enfin le caractère écrasant des lois telles que décrites par Socrate : elles s’imposent au citoyen de manière totale, sur le mode du tout ou rien ; soit on les accepte toutes (y compris la procédure de jugement, dans le cas qui intéresse Socrate ici), soit il faut quitter la cité.

Ce caractère écrasant est amplifié par l’absence de procédure d’appel à Athènes : le premier jugement est définitif. Cela nous rappelle l’historicité des procédures judiciaires, et nous fait percevoir un progrès, auquel a pu contribuer la prise de conscience, a posteriori, d’erreurs judiciaires.

La question de la valeur de la vie

Une critique de l’argumentation de Socrate peut être envisagée : il s’agirait de défendre l’idée que la vie vaut toujours d’être vécue, contrairement à ce qu’il tend à affirmer quand il évoque l’idée de voir son corps, ou, pire, son âme, corrompue (l. 229-239).

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Cette synthèse sur le Criton de Platon propose une première approche de ce texte, et quelques pistes de réflexion.

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Références des textes cités

  • Platon, Œuvres complètes, tome 1, traduction de Léon Robin, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1950. Repris par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Hachette Éducation, Paris, 2004 (avec la numérotation des lignes utilisée ici).
  • Max Weber, Politik als Beruf, conférence prononcée en 1919, traduite en français dans Le Savant et le Politique par Catherine Colliot-Thélène aux éditions La Découverte, Paris, 2003.

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